7 min. de lectureMaximisation des profits et pseudo-science

Est-ce que dire que les entreprises maximisent leurs profits est un argument pseudo-scientifique ?

Je viens de retomber sur ce sondage de Lê Nguyên Hoang datant de 2019 (ça n’est pas récent !). Il demande aux répondants si la phrase “une entreprise maximise ses profits” est scientifique ou pseudo-scientifique. Les résultats sont… intéressants :

Bien évidemment, ce sondage n’a aucune valeur scientifique. Mais il est porteur d’un certain nombre d’enseignements intéressants, que j’aimerais partager avec vous dans cet article.

Qu’est-ce qu’une pseudo-science ?

Le but de cet article n’est pas de discuter ce qu’est une pseudo-science. Mais vu que la question du sondage est posée en ces termes, il me semble nécessaire de commencer par essayer de (rapidement) identifier les différences entre sciences et pseudo-sciences.

Je n’ai pas pris le temps de réfléchir en profondeur à ce petit tableau (issu de cette page), mais il me semble intéressant :

Si l’on s’intéresse à la science économique, on constatera qu’elle coche toutes les cases de la colonne “science”. Voici quelques illustrations :

  • Volonté de changer lorsque de nouvelles preuves arrivent : la théorie standard a incorporé les résultats de l’économie comportementale1
  • Revue par les pairs féroce : même si elle est d’une lenteur problématique, la revue par les pairs est bien présente dans la discipline
  • Prends en compte toutes les nouvelles découvertes : clairement, oui. En plus de l’économie comportementale, j’ai par exemple en tête la critique de Lucas en macroéconomie, la théorie des coûts de transaction en économie des organisations, les frictions en économie du travail, l’information asymétrique/imparfaite en microéconomie et en théorie des jeux, et ainsi de suite.
  • Des résultats vérifiables : comme de nombreuses autres disciplines, la science économique connaît elle aussi une crise de la reproductibilité. Mais c’est justement parce que les résultats sont vérifiables que cette crise est possible. Et plus généralement, il existe d’autres résultats empiriques très établis, comme les effets du commerce international sur la croissance par exemple.
  • Des revendications d’utilité limitée : vous trouverez bien évidemment quelques économistes qui vous diront que la science économique est l’alpha et l’oméga de toutes les sciences sociales. Dans mon expérience, c’est un discours minoritaire – et très impopulaire chez ceux qui ne le partagent pas.
  • Des mesures précises : les économistes définissent toujours précisément ce qu’ils mesurent dans leurs travaux. Par exemple le PIB : c’est la somme des valeurs ajoutées. Ces mesures peuvent ne pas être parfaites, mais ce qu’elles recouvrent (et ne recouvrent pas) est toujours clairement expliqué.

Comme (d’après ce tableau) la science économique est une science et pas une pseudo-science, on peut se dire par extension que ses énoncés sont forcément tous scientifiques. De mon point de vue, c’est plus compliqué. L’exemple de la théorie des cordes en physique l’explique très bien.

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Olivier Simard-Casanova

Par Olivier Simard-Casanova

Bientôt docteur en science économique, je suis l'auteur et le fondateur de L'Économiste Sceptique