Articles

Où trouver la littérature scientifique en économie ?

Les économistes produisent beaucoup de recherche. Mais où la trouver ?

Soutenez mon travail sur L’Économiste Sceptique
Accédez à des avantages exclusifs
Abonnez-vous à Plus →

Avec ce troisième article de la série consacrée au fonctionnement de la science économique, je souhaite vous montrer un certain nombre d’outils pour trouver la littérature scientifique en économie.

En bref

La section En bref vous propose un résumé du contenu de l’article. Très utile si vous n’avez pas le temps de le lire en entier, ou si vous souhaitez en scanner le contenu.

La recherche en science économique passe peu par les livres – et beaucoup, si ce n’est quasi-exclusivement, par les articles publiés dans les revues scientifiques. Se mettre en quête de la littérature scientifique en économie, c’est se mettre en quête des articles de recherche publiés en économie.

Un premier outil pour trouver de la littérature scientifique en économie est Google Scholar. Le problème de Google Scholar est qu’il a tendance à n’indexer que les articles publiés. Or, comme je l’expliquais précédemment, les délais très longs de la revue par les pairs en science économique font que l’on discute fréquemment des working papers plutôt que les articles publiés. C’est là que la base de données RePEc (Research Papers in Economics) entre en scène.

RePEc est un outil incontournable pour trouver la littérature scientifique en économie. Les working papers sont les fichiers les plus téléchargés sur RePEc. S’il n’y avait qu’un seul lien à retenir dans tout cet article, c’est sans doute celui de la page de recherche d’IDEAS, IDEAS étant l’interface la plus utilisée de RePEc.

Une autre interface très utile à RePEc est NEP, NEP pour New Economics Papers. NEP est organisé par thème, et permet de suivre la publication de nouveaux working papers sur RePEc sur un thème donné. NEP sert plutôt pour faire de la veille scientifique. Plusieurs des thèmes de NEP concernent d’ailleurs les questions environnementales. Preuves que, contrairement à ce qu’en disent certains, les économistes s’intéressent bien à ces questions.

Comme dans de nombreuses autres disciplines, de plus en plus d’économistes ont un site Internet. Toutefois, passer par le site de l’auteur n’est utile que si l’on souhaite trouver un travail scientifique particulier – et qu’on en connait au moins l’un des auteurs.

Pour finir, j’aimerais parler de certains gestionnaires de bibliographie. Un gestionnaire de bibliographie est une application qui permet de centraliser une bibliothèque scientifique : articles, ouvrages, working papers, etc. J’utilise Papers, et même si Papers a ses défauts, il a deux fonctionnalités fantastiques : il permet d’identifier une partie des articles qui citent un article dans votre librairie – donc des articles publiés ex post. Et il permet de rechercher les nouveaux articles publiés à partir de ceux qui sont dans ma bibliothèque.

Soutenez mon travail sur L’Économiste Sceptique
Accédez à des avantages exclusifs
Abonnez-vous à Plus →

Selon vos besoins, il existe donc différents outils pour trouver la littérature scientifique. Et je ne doute pas qu’il existe encore d’autres outils que je n’ai pas cité ici !

Une fois n’est pas coutume, je vous annonce d’ores et déjà le thème du prochain article de la série sur le fonctionnement de la science économique : j’y expliquerai la différence entre les économistes hétérodoxes et les économistes qui ne sont pas hétérodoxes. N’hésitez pas à vous abonner par email pour ne pas le manquer – c’est gratuit. Et vous pouvez également soutenir L’Économiste Sceptique et accédez à encore plus de contenu en vous abonnant à Plus. Merci !

Les outils habituels

Comme toutes les autres disciplines, la recherche en science économique fait l’objet d’une évaluation par les pairs lorsqu’elle est publiée dans des revues scientifiques à comité de lecture. Contrairement à d’autres sciences humaines et sociales comme la sociologie ou l’histoire, la recherche en science économique passe très peu par les livres – et beaucoup, si ce n’est quasi-exclusivement, par les articles publiés dans les revues scientifiques. De fait, se mettre en quête de la littérature scientifique en économie, c’est principalement se mettre en quête des articles de recherche publiés en économie.

Vous ne serez sans doute pas étonné.e qu’un premier outil pour trouver de la littérature scientifique en économie est… Google Scholar. De nombreux économistes ont d’ailleurs un profil Google Scholar – voici le mien.

Le problème de Google Scholar est qu’il a tendance à n’indexer que les articles publiés. Or, comme je l’expliquais précédemment, les délais très longs de la revue par les pairs en science économique font que l’on discute fréquemment des working papers plutôt que les articles publiés. Mon profil Scholar illustre d’ailleurs ce manque : il est vide, alors que j’ai un working paper en circulation – depuis 2019…

Trouver la recherche scientifique en économie, au moins la plus récente, c’est donc plutôt une question de trouver les working papers les plus récents.

RePEc, l’arXiv économique

C’est là que la base de données RePEc (Research Papers in Economics) entre en scène. RePEc est un outil incontournable pour trouver la littérature scientifique en économie. RePEc est une base de données bibliographique très riche, à laquelle il est possible d’accéder par de nombreuses interfaces. Je ne vais pas toutes les explorer ici – en particulier parce que je ne les connais pas toutes moi-même !

Au 22 juin 2021, plus de 3.5 millions d’articles et d’ouvrages sont référencés sur RePEc. Plus de 62.000 économistes y ont un profil, et 15.000 y sont listés mais sans avoir de profil (source).

RePEc est intéressant car on y trouve ces fameux working papers qui jouent un rôle si important dans la discussion scientifique en économie. Ils constituent d’ailleurs le second type de référence le plus fréquent, après les articles publiés.

Si vous consultez mon profil, vous y trouverez ce fameux working paper qui était absent de mon profil Google Scholar.

Bien qu’ils ne soient pas aussi nombreux que les articles publiés, les working papers sont néanmoins les fichiers les plus téléchargés sur RePEc – illustration de l’intérêt de cette base pour y trouver la littérature en cours de développement.

L’un des intérêts de RePEc est qu’y sont automatiquement indexées les séries de working papers publiées par les économistes affiliés à une institution scientifique. Voici par exemple la série du BETA, le laboratoire auquel je suis affilié. Dès qu’un working paper est ajouté sur la série du BETA, il est automatiquement indexé dans RePEc. Pour les économistes dont l’institution de rattachement n’a pas de série indexée sur RePEc, ils peuvent publier leurs working papers sur MPRA. MPRA est un service lui aussi automatiquement indexé sur RePEc. Mon working paper a d’ailleurs été publié sur MPRA plutôt que sur la série de mon laboratoire.

Comme en témoigne le graphique ci-dessous, l’interface la plus utilisée de RePEc est IDEAS. S’il n’y avait qu’un seul lien à retenir dans tout cet article, c’est sans doute celui de la page de recherche d’IDEAS.

Cependant, attention ! Aucun de ces working papers n’a été revu par les pairs. MPRA comme RePEc sont un peu l’équivalent en science économique d’arXiv dans d’autres disciplines1. La recherche que vous y trouvez doit être prise avec tout le recul d’une recherche qui n’a pas été évaluée par les pairs.

Se tenir au courant des nouveautés

Une autre interface très utile à RePEc est le service NEP, NEP pour New Economics Papers. NEP est organisé par thème, et permet de suivre la publication de nouveaux working papers sur RePEc sur un thème donné. Au 23 juin 2021, plus de 35.000 personnes sont abonnées par email à au moins une série NEP. Il est généralement possible de s’abonner par RSS et par Twitter.

Chaque thème est géré par un éditeur ou une éditrice. De fait, il est possible que la politique éditoriale varie d’un thème à l’autre : nombre d’articles retenus, critères utilisés pour retenir les articles, etc. NEP utilise du machine learning pour proposer une liste d’articles potentiellement intéressants à l’éditeur de la série, qui procède ensuite à la sélection. Et cette dernière est ensuite diffusée par email, RSS et sur Twitter.

Contrairement à IDEAS, NEP sert plutôt pour faire de la veille scientifique. C’est un service que je n’utilise personnellement pas, mais j’ai prévu de le faire à l’avenir.

Une note intéressante : alors que certains prétendent que les économistes ne s’intéresseraient pas aux questions environnementales, j’aimerais attirer votre attention sur plusieurs de ses séries, ainsi que sur le nombre de leurs abonné.e.s :

Que la science économique ait des progrès à faire pour mieux comprendre les questions liées à l’environnement, je suis prêt à l’entendre. Mais prétendre qu’elle ne s’y intéresse pas du tout est une grossière exagération.

Les sites Internet des chercheurs

Comme dans de nombreuses autres disciplines, de plus en plus d’économistes ont un site Internet – voici le mien. L’un des objectifs de ces sites Internet est de centraliser les liens vers les articles dont ils et elles sont les auteur.e.s, que ce soit des working papers ou des articles publiés.

C’est également sur ces sites qu’il est possible d’envoyer un email à l’auteur, par exemple pour lui demander (poliment) une copie de l’un de ses articles publiés s’il est derrière un paywall.

Toutefois, passer par le site de l’auteur n’est utile que si l’on souhaite trouver un travail scientifique particulier – et qu’on en connait au moins l’un des auteurs. Pour une recherche bibliographique plus large, par exemple une revue de la littérature sur un thème donné, il vaudra mieux utiliser d’autres outils.

Les pouvoirs magiques de Papers

Pour finir, j’aimerais parler de certains gestionnaires de bibliographie. Un gestionnaire de bibliographie est une application qui permet de centraliser une bibliothèque scientifique : articles, ouvrages, working papers, etc.

Sa différence avec un simple dossier dans Explorer ou le Finder est que les gestionnaires de bibliographie associent à chaque fichier un ensemble de métadonnées : auteurs, date de publication, revue, etc. Ces métadonnées permettent d’organiser la bibliothèque, de faire des tris, de croiser les informations, et ainsi de suite. Et elles sont également utiles pour formater des documents qui citent cette littérature – comme d’autres articles scientifiques.

Zotero est sans doute l’exemple le plus connu. C’est d’ailleurs un excellent gestionnaire de bibliographie, qui plus est gratuit et open source.

Toutefois, Zotero n’est pas le seul gestionnaire de bibliographie. Pour ma part, j’utilise Papers, et je le mentionne car il me sert lui aussi régulièrement à mettre la main sur de la littérature scientifique en économie.

Même si Papers a ses défauts2, il a deux fonctionnalités fantastiques qu’il est, à ma connaissance, le seul à avoir – et qui est la raison principale pour laquelle je le préfère à Zotero alors que Papers est payant. La première est qu’il permet d’identifier une partie des articles qui citent un article dans votre librairie – donc des articles publiés ex post. Voici un exemple avec un article très cité (la liste va bien au-delà de ce qui est visible dans la capture d’écran) :

Soutenez mon travail sur L’Économiste Sceptique
Accédez à des avantages exclusifs
Abonnez-vous à Plus →

La seconde fonctionnalité fantastique est qu’il permet de rechercher les nouveaux articles publiés à partir de ceux qui sont dans ma bibliothèque – ou dans un sous-ensemble de ma bibliothèque. Il sera difficile d’y trouver des working papers, mais cette fonctionnalité m’a déjà rendu de fiers services.

Papers est capable d’offrir ces fonctionnalités car il s’appuie sur une vaste base de données bibliométrique – d’où, en partie, le fait qu’il soit payant. Et je précise que je ne suis pas payé par Papers pour dire tout ce bien de l’application ! Je ne fais pas de contenu sponsorisé.

Mendeley, un autre gestionnaire de bibliographies, a lui aussi eu des fonctionnalités de recommendation. Mais Mendeley est à la dérive depuis qu’il a été racheté, ô surprise, par Elsevier. Je ne sais pas si ces fonctionnalités de recommendation ont survécu à la purge. Elles n’étaient de toute façon pas aussi puissantes que celles de Papers – quoiqu’elles étaient toujours utiles.

Selon vos besoins, il existe donc différents outils pour trouver la littérature scientifique. IDEAS et NEP sont excellents pour les working papers, Google Scholar est un classique toujours utile, et les sites Internet des chercheurs sont un complément intéressant. Si vous avez un abonnement à Papers, vous vous simplifierez sans doute largement une partie de ces tâches. Et je ne doute pas qu’il existe encore d’autres outils que je n’ai pas cité ici !

Une fois n’est pas coutume, je vous annonce d’ores et déjà le thème du prochain article de la série sur le fonctionnement de la science économique, que je publierai jeudi prochain à 18h : j’y expliquerai la différence entre les économistes hétérodoxes et les économistes qui ne sont pas hétérodoxes. N’hésitez pas à vous abonner par email pour ne pas le manquer – c’est gratuit. Et vous pouvez également soutenir L’Économiste Sceptique et accédez à encore plus de contenu en vous abonnant à Plus. Merci !

  1. Il y a une section d’arXiv dédiée à la science économique, mais elle n’est que très peu fournie en comparaison de RePEc.
  2. Son extension Safari est un pur désastre, la version iPad a une ergonomie assez douteuse, et globalement l’application est très mal intégrée à macOS. Papers est peut-être de meilleure qualité sur Windows et/ou d’autres navigateurs.

Ne manquez pas les prochains articles de L’Économiste Sceptique en vous abonnant par email. C’est gratuit !

Déjà abonné.e ? Connectez-vous pour faire disparaître ce message.

Cet article fait partie de la série thématique :
Posted by
Olivier Simard-Casanova

Bientôt docteur en science économique, je suis l'auteur et le fondateur de L'Économiste Sceptique

Ne manquez pas mes prochains articles !
⭐️ Je m'abonne gratuitement