8 min. de lectureLes sondages ont-ils raté l’élection allemande ?

Alors que la présidentielle française se rapproche, la question de la fiabilité des sondages sera inévitablement posée. Une question trop souvent mal traitée.

Les sondages sont un outil important de mesure des phénomènes sociaux. On les connaît surtout dans le champ politique, où ils sont parfois décriés. D’après moi, le plus souvent à tort. Car une grande partie des reproches qui leur sont fait reposent sur une incompréhension de ce qu’ils sont capables, et incapables, de mesurer. La récente élection allemande en donne une illustration.

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Les sondages bientôt au cœur de l’actualité

Pour l’élection présidentielle de 2017, à l’époque de l’ancêtre de L’Économiste Sceptique appelé Le Signal Économie, j’avais construit un agrégateur de sondages. Le principe d’un agrégateur est de suivre un ensemble de sondages afin de compenser les marges d’erreur et les différentes méthodologies entre les sondages produits par différents instituts. L’idée est que les agrégateurs sont plus robustes que des sondages individuels.

Cet agrégateur avait été très utile à l’époque, mais m’avait aussi demandé beaucoup de travail. Dans la mesure où d’autres que moi font des agrégateurs, je n’ai pas l’intention de le réactiver pour l’élection présidentielle qui s’annonce. Je compte toutefois proposer une couverture, non pas de l’élection présidentielle à proprement parler, mais des sondages – et des discussions à leur propos.

Les sondages sont un outil puissant de mesure des phénomènes sociaux, et ils font souvent l’objet au mieux d’incompréhension, au pire d’attaques parce que leurs résultats n’arrangent pas les auteurs de ces attaques. Une partie des critiques qui leur sont faites sont fondées, mais ils sont trop souvent pointés du doigt avec des arguments fragiles.

Cet article se veut une amorce de cette future couverture des sondages.

Contexte et enjeux

Si vous n’avez pas suivi l’élection allemande, voici un rapide point sur son contexte et ses enjeux.

Après seize années de pouvoir et quatre élections réussies, Angela Merkel a décidé de ne pas se représenter. L’enjeu de l’élection était donc d’entamer une transition vers une nouvelle chancellerie. Cette élection s’est déroulée le 26 septembre 2021.

La CDU (droite), parti de Merkel allié avec la CSU bavaroise (droite), affrontait le SPD (gauche), les Verts (gauche), le FDP (centre), l’AfD (extrême-droite) et Die Linke (gauche radicale).

Tout laissait à penser que l’élection serait serrée, avec le candidat de la CDU/CSU accumulant les maladresses, la candidate écologiste prise dans des polémiques de plagiat, et le candidat du SPD se présentant comme une sorte de continuité à la personnalité de Merkel. Et pour serrée, l’élection l’a bien été ! Ce qui a conduit certains à se demander si les sondages n’avaient pas, encore une fois, raté leur coup.

Les sondages pour l’Allemagne

L’édition européenne du site Internet américain Politico propose (en anglais) de multiples agrégateurs de sondages pour de nombreux pays européens. Vous pouvez retrouver l’agrégateur pour l’Allemagneet celui pour la France.

Pour l’élection allemande, cet agrégateur a montré que dans la dernière ligne droite, les intentions de vote entre le SPD et la CDU/CSU étaient très serrées, avec une légère avance pour le SPD.

Toutefois, au soir de l’élection, les résultats entre les deux partis étaient quasiment à égalité – ce qui a occasionné un certain nombre de personnes à poser la question de savoir si encore une fois les sondages s’étaient “trompés”. De mon point de vue, les sondages ne se sont pas trompés. Et je ne suis pas le seul à le penser :

Performance of polling aggregates and models in Germany, compared to the latest exits (as of 7:13pm Berlin time).

Great showing by the pollsters. There was an underestimation of votes for the CDU which (a) using fast-moving trends & (b) hedging towards past results seemed to fix

– G. Elliott Morris, 26 septembre 2021

Alors que s’est-il passé ?

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Olivier Simard-Casanova

Par Olivier Simard-Casanova

Bientôt docteur en science économique, je suis l'auteur et le fondateur de L'Économiste Sceptique