4 min. de lectureComment repérer un output gap sur un graphique

Décortiquons ce qui est arrivé au PIB de la Suède pendant la pandémie de COVID-19

J’écrivais mardi (article Plus) que je souhaitais à la fois augmenter le rythme de publication des articles de L’Économiste Sceptique, et diversifier les formats. J’inaugure aujourd’hui un nouveau format : les Tutoriels. L’objectif des Tutoriels est de partager avec vous de petits trucs et astuces pour vous apprendre à raisonner comme un·e économiste, le tout dans un format court. N’hésitez pas à me dire en commentaire ce que vous pensez de ce format !

Les économistes appellent output gap la différence entre le PIB observé et le PIB potentiel. Le PIB potentiel, pour aller vite, c’est le PIB qu’un pays produit s’il utilise toutes ses capacités de production. En période de crise, l’output gap permet de mesurer la croissance perdue à cause de la crise.

Avec ce Tutoriel, vous allez apprendre à repérer un output gap sur un graphique. Allons-y !

Disclaimer : l’objectif de cet article n’est pas de vulgariser des méthodes d’identification économétriques de l’output gap. Il s’agit de donner un guide rapide pour repérer “à l’oeil nu” un output gap.

Voici un graphique du PIB de la Suède entre 2009 et 2021 :

Joli graphique, me direz-vous, mais que sommes-nous sensés regarder exactement ? Ce qui nous intéresse ici, c’est la courbe qui montre le niveau du PIB suédois au cours du temps :

On voit bien l’effet de la pandémie de COVID-19 en 2020 et 2021 : le PIB suédois chute nettement – de quasiment 9% si on se réfère à l’échelle de gauche du graphique :

Mais on voit également qu’une fois la chute passée, il remonte – d’un peu plus de 7%. Je tire d’ailleurs ce graphique de ce tweet, qui note que le PIB suédois est revenu à son niveau pré-pandémie au deuxième trimestre 2021 :

Sweden’s economic output returned to pre-pandemic levels in the second quarter. Not much of Europe has done this, in contrast to China and the US.1

Pour autant, pendant que le PIB chutait puis remontait, l’économie suédoise n’a pas du tout tourné à ses pleines capacités. Cette “production manquante”, c’est l’output gap.

On peut repérer cet output gap sur le graphique en traçant une droite du trend (ou tendance) de la croissance :

Merci de noter que j’ai tracé ce trend complètement à la louche. Une fois encore, l’objectif de cet article est de proposer un guide rapide pour repérer à l’œil nu un output gap, pas de vulgariser des méthodes d’identification économétriques d’un output gap. En conséquence, prenez ce graphique avec tout le recul nécessaire.

Qu’est-ce que le trend dont je parle plus haut ? Le trend, c’est en un sens la tendance de la croissance de moyen terme. Dit autrement, c’est l’évolution du PIB (ou de toute autre série statistique) dont on a enlevé les variations aléatoires annuelles2.

Et on arrive enfin à l’output gap : c’est la surface qui correspond à l’écart entre le trend et le PIB observé. Sur le graphique, il s’agit de la surface en rouge pale :

Je n’ai évidemment pas fait le calcul pour mesurer exactement la valeur de cet output gap. Déjà parce que c’est lourd à faire, ensuite parce que n’étant pas macroéconomiste, je ne sais pas comment faire, et enfin parce que ça n’est pas du tout l’objectif. J’ai aussi simplifié en assimilant le PIB potentiel au trend (que j’ai supposé linéaire), mais je ne pense pas que ces simplifications rendent ce que je dis dans ce tutoriel caduc.

On n’a de toute façon pas besoin de connaître la valeur précise de l’output gap pour constater qu’il a été très substantiel en Suède pendant la pandémie. En d’autres termes, la Suède a perdu une quantité substantielle de richesse au moment de la pandémie. Et même si la croissance future est élevée, cette croissance future ne permettra sans doute pas de rattraper celle qui a été perdue pendant la pandémie.

Voyez l’output gap en période de récession comme une course entre deux cyclistes : l’un pédale en permanence à la même vitesse (le trend/le PIB potentiel), l’autre pédale à une vitesse qui varie d’un moment à l’autre (le PIB observé). Et puis un jour, catastrophe, le cycliste qui a une vitesse variable tombe. Pendant ce temps, le cycliste à la vitesse constante continuer à pédaler – ce qui va lui faire prendre de l’avance. Le cycliste à la vitesse variable va bien évidemment remonter sur son vélo et reprendre la course. Mais même s’il pédale (beaucoup) plus vite qu’avant, à moins de le faire sur une période suffisamment longue, il n’arrivera jamais à rattraper le cycliste à la vitesse constante qui a continué à pédaler et pris de l’avance. L’output gap, c’est un peu comme ce décalage entre les deux cyclistes après la chute.

Voilà, vous savez maintenant repérer un output gap sur un graphique de PIB ! N’hésitez pas à me dire dans les commentaires ce que vous avez pensé de ce nouveau format. Et si ça n’est pas déjà fait, n’hésitez pas à vous abonner par email pour ne pas manquer mes prochains articles – c’est gratuit !

  1. “La production économique de la Suède est retournée à ses niveaux pré-pandémie au deuxième trimestre. Peu de pays européens en sont là, à l’inverse de la Chine et des États-Unis.” (Traduction par mes soins.)
  2. Pour tout un tas de raison, la production peut varier d’une année sur l’autre : variations climatiques, problèmes dans la chaîne logistique comme avec ce bateau coincé dans le canal de Suez, catastrophes naturelles comme le tsunami japonais de 2011, etc.
Olivier Simard-Casanova

Par Olivier Simard-Casanova

Bientôt docteur en science économique, je suis l'auteur et le fondateur de L'Économiste Sceptique